Retour sur terre battu (mais pas défait) - Tchéquie 8

Voila, le pré-Championnat d'Europe se termine en Tchéquie. Globalement, comme le montrent tous les récits de Guillaume, la météo n'aura pas été facile. Notamment le dernier jour de vol (2 juin) : 

Tout avait bien commencé. Deux heures durant, on y a cru à notre 246 km à trois points de virage ! Las, le front froid venu de l'Est avait assombri le ciel avant nos décollages et par la-même poussé les organisateurs à sortir leur épreuve favorite : 3 secteurs et le temps d'un bon film (1h45) pour nous laisser plus de chances de rentrer.

Après les 7 rebonds d'usage au décollage avec le Discus 2a à la masse max derrière un Zlin poussif, je m'arrache du sol, il n'y a pas d'autre mot, pour profiter enfin de ce bolide bien chargé. Avec les nombreuses heures passées aux commandes depuis mars, en l'air la machine m'obéit enfin au doigt et à l'œil et le plaisir est là. Je résiste à la tentation de larguer un peu d'eau pour mieux monter dans ces conditions molles car je veux faire un vrai départ de championnat. Aude s'est allégée un peu et elle est déjà au plafond. Elle a rejoint le peloton qui piaffe. La prévision est sans ambiguïté, il pleuvra à 16h et les cirrus vont s'épaissir. Aude m'annonce son départ, et je vois la petite troupe franchir la ligne à 2km de mon poste d'observation. Je patiente cinq minutes et je m'élance seul derrière, collé au plafond, lourd et concentré. 135 kph, soit à peine plus que la finesse max à cette charge, et le fil de laine bien au milieu. L'objectif est de planer au maximum et de prendre une ascendance de moins que le peloton.


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Aude m'annonce les premières spirales à 0,9 m/s seulement et je respire. Je vais les rejoindre et pas beaucoup plus bas. Il faut y croire et surtout ne pas s'arrêter en chemin pour faire la jonction. Je les aperçois à 3 km devant, je vidange 60 kg d'eau juste avant d'arriver sous la spirale pour être à une charge plus adaptée à la journée (46 kg/m2), et j'intègre le paquet, tout en bas, mais avec 5' dans la poche grâce à l'aide de ma coéquipière. Toujours ça de pris ! Devant, c'est gris, de plus en plus gris. Sur les collines, les Congestus laissent espérer de meilleurs ascendances, mais il faut aller les chercher, un peu bas au goût de ceux qui s'expriment sur la fréquence. Le paquet se scinde en deux, ceux qui partent sur l'axe dans la plaine, et les "montagnards" qui parient sur les collines. Le secteur est large et permet toutes les options.

Dans le secteur, les rues convergent vers le sommet des collines où une belle confluence nous permet de recoller au nuage, et même de grimper en pente au vent au dessus des bases, dans les barbules, jusqu'à plus de 1900 M, une altitude inespérée puisque le plafond au départ était à 1550m. Vers le nord, nous sommes bloqués par la grisaille et nous prenons la pluie au moment de faire demi-tour. Aude a contourné par l'ouest et s'en sort mieux, elle repart au sud avec quelques km d'avance. Les voyants commencent à s'allumer dans ma tête de moineau. La radio confirme ce que nous pressentions depuis le briefing : le vol va se jouer au retour ...

image2Pour l'instant tout va bien, le nuage porte en pente et nous sommes haut, entourés de gris. On a bien démoustiqué les ailes, on a bien fermé la ventilation, on a inspiré bien calmement car voici le moment des choix qui comptent. La rue de nuage prend fin, et nous pouvons enfin contempler l'étendue du problème : plein sud, le ciel est mort sur au moins 20 km.
(La photo fut prise face à l'ouest à l'aller, c'était encore plus calme au retour ...)

Avec l'expérience, on sent ce genre de chose arriver un peu plus tôt. J'en ai fait des aller simple pour la remorque. J'en ai fait des longues glissades qui se terminent dans les betteraves, ou le maïs (jeune). Mais cela ne rend pas la solution plus évidente. La règle du jeu devient extrêmement simple et peut se résumer ainsi : "Boy, now you have to glide just to survive !".

Droit devant, le terrain, km45 à 1500m sol, 15 kph de vent de face. Ça devrait pouvoir rentrer, mais le terrain n'est pas le but, il faut aller mettre un orteil dans le dernier secteur 30km plus au sud. Sur cet axe, des petits Cu très bas sur les collinettes proches du terrain, km40 ? Je n'arrive pas à m'enthousiasmer pour cette option. À l'ouest rien de nouveau. L'air est beaucoup trop calme pour faire monter un planeur. À l'est, les reliefs sont plus hauts, les nuages plus sombres paraissent plus actifs et s'alignent vers le secteur, mais cela fait un sacré détour, et empêche tout retour au terrain si la convection n'est pas là.

Aude choisit la simplicité, cap sur le terrain, au milieu de la vallée, le nez en l'air, comme pour rentrer à Vinon de St Auban, comme chez elle quoi. Je prends le temps d'hésiter mais je n'arrive pas à croire que la route directe permet d'aller au but tant la plaine semble morne. Si tu ne le tentes pas, tu le regretteras me souffle une petite voix. Donc virage à gauche 30 degrés, je serre les fesses et je vise les bases sombres au loin. Benjamin et Eric s'annoncent en vent arrière pour un champ avec l'Arcus plus au Sud ... Il y a des jours où c'est difficile pour tout le monde, même quand on a 22000 heures de vol et que l'on est multiple champion du monde.

image1 1Je change de vallée et arrive sous les bases, mais à seulement 300m au dessus des crêtes. Aude chemine comme une reine et raccroche à 500m vertical terrain dans un souffle ! Pour ma part, sous les nuages sombres les martinets spiralent ... mais ne m'indiquent qu'un petit zéro, mes espoirs s'envolent. Arrivé trop bas ou trop tard, je ne saurai jamais. À Moravská, les filles remontent et vont tourner !!! Plus à l'est, après 20' de résistance sur les bosses, en pente, sans gagner plus que 30m, je sors le train pour redevenir terrien.
Le maïs est accueillant, les dépanneurs efficaces, et je rentre déçu mais sans regret.

Le classement fait la grimace mais en toute honnêteté, c'était une belle journée de vol à voile.

Bons vols à tous !

Guillaume

Partenaire de notre association

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